Vous vous souvenez peut-être qu'il y a quelques semaines de ça, j'affirmais haut et fort, après une première expérience particulièrement laborieuse à la machine à coudre, qu'il fallait connaître ses limites et qu'en ce qui me concerne, mes limites n'incluaient pas la couture.

Et de toute façon la couture ça n'est même pas si drôle que ça et puis ça fait des fils partout et en plus il faut loucher pour arriver à mettre le fil dans l'aiguille...

Bon.

Vous connaissez le coup du renard et des raisins trop hauts soit-disant trop verts.

(Pour ceux qui auraient besoin d'une petite remise à niveau, c'est ; allez-y sans crainte, elle est courte celle-là...)

Et bien vous reprenez la même histoire, vous me mettez dans le rôle du renard et la couture dans le rôle des raisins et vous redéroulez le scénario.

Me voilà donc tel maître renard sous sa treille, le nez collé à mon écran à admirer les réalisations postées par ces innombrables déesses aux doigts de fée qui peuplent la blogosphère...et à tenter de me convaincre à la suite de cette première expérience douteuse que non vraiment la couture, tout le monde en revient et puis c'est galvaudé maintenant, impossible de mettre un pied dehors sans croiser une fille qui fait ses robes ou ses rideaux elle-même, si vous voulez vous démarquer un peu aujourd'hui mieux vaut apprendre à faire les macarons plutôt...

Mais voilà, je n'ai pas la sagesse de ce bon renard et en dépit de ce que j'ai pu proférer à l'époque, j'ai quand même continué à baver en silence devant les exploits d'aiguille des autres.

C'était plus fort que moi, cette histoire de couture a commencé par me retraverser l'esprit de temps à autre, pu is m'a un peu travaillée et a fini par m'obséder franchement tant il est vrai que je n'aime pas me trouver confrontée à mes limites.

Et puis en y réfléchissant vous savez ce qui lui est arrivé, vous, à ce pauvre renard après? Et bien tous les animaux de la forêt se sont foutus de lui.

Et ça dure depuis des siècles...

"Oui, voilà ce crétin de renard qui arrive même pas à attraper du raisin. Trop vert le raisin? qu'est-ce qu'il faut pas entendre quand même, du bon raisin comme ça, si c'est pas malheureux..."

Enfin bref, très vite il n'y eut plus guère que cet imbécile de corbeau pour se laisser encore impressionner par le renard.

Et moi, et bien je n'avais pas envie de finir comme le renard, moquée par tous, ridiculisée par mon incompétence.

Et puis quel exemple, franchement pour les générations futures.

Bon le préalable indispensable c'est quand même la machine.

Alors voilà, c'est comme ça qu'on se retrouve à quelques jours de Noël à présenter des requêtes idiotes au Père Noël avec, au fond du coeur, le secret espoir que le Père Noël va vous rire au nez "Toi?! de la couture? Vraiment?!!! Tu voudrais pas apprendre à faire tes lacets toute seule d'abord, avant de te lancer?"

Malheureusement, cette année, le Père Noël il était un peu à court d'idées alors une machine à coudre dans le fond pourquoi pas "mais tu feras bien attention avec tes doigts et l'aiguille... c'est la pédale surtout qui est dangereuse..." Et puis l'ultime question qui tue "Mais tu vas savoir où la ranger au moins?"

Ben oui, parce que ce bon Père Noël, il n'envisage pas un instant que je vais m'en servir pour de vrai de cette machine. Il s'imagine déjà que je vais l'admirer une semaine ou deux, jouer deux trois fois avec la lumière et puis qu'après ça fera juste un truc encombrant de plus qui va traîner dans l'appart.

Pour me ramener à la raison, il me fait même une démonstration de remplissage de canette et d'installation du fil d'aiguille avec sa propre machine, pour que je voie bien comme c'est pénible et compliqué quand même.

Mais bon, moi je suis hyper motivée et je lui parle de renard et de raisins et aussi de générations futures et d'estime de soi, alors en désespoir de cause il se résigne, le Père Noël. Mais il est gentil quand même, alors il me trouve une machine avec un système d'enfilage automatique, un truc merveilleux pour que le fil rentre tout seul dans l'aiguille parce que le Père Noël il m'a déjà vue à l'oeuvre avec un fil et une aiguille...

Et après la livraison, il assure le service après-vente et depuis Noël, il appelle presque tous les jours le Père Noël, pour savoir si j'ai trouvé une place pour ranger ma machine, puis ensuite, pour savoir si maintenant que j'ai trouvé où la ranger, je l'ai quand même ressortie pour l'essayer ma machine.

Alors pour ne pas décevoir le Père Noël, il y a d'abord eu les deux sacs besace.

Avec ça, je l'ai vraiment senti soulagé le Père Noël. D'abord par l'idée que son cadeau n'était donc pas totalement inutile (s'il meurt demain, il partira l'esprit en paix au moins), ensuite par le fait que mes doigts avaient tous survécu à la manip.

Mais bon soulagé, c'est bien mais c'est pas suffisant. C'est le Père Noël quand même. Et moi, depuis toute petite, j'ai envie de l'impressionner le Père Noël, alors les sacs besaces c'est bien, mais ça va vite devenir léger.

Il va falloir que je trouve autre chose...

Des vêtements par exemple.

Pour ça, il va d'abord falloir que je trouve des patrons.

Et justement ça tombe bien parce que figurez-vous que j'avais encore un cadeau de Noël qui n'avait pas encore été livré:

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Si ça tombe pas bien ça ! Des patrons de vêtements pour enfants, ma population favorite de victimes indulgentes.

Une étude minutieuse de l'ouvrage m'a permis d'arrêter mon choix sur un modèle de chemise de nuit pour petite fille.

En plus les dimensions collent avec celle du coupon de coton fleuri que j'ai acheté au marché St Pierre pendant les vacances.

Exceptionnellement les grands ont renoncé à se battre et le Bébinou dort, ça s'annonce très bien tout ça...

Bien sûr il y a bien l'étape un peu compliquée du report de patron sur le burda... Faute de table assez grande, tout ça se fera par terre, sur le parquet, il suffit de pousser un peu le parc du Bébinou et de replier le coin des tapis et hop voilà une affaire qui roule.

Ensuite il y a l'étape également complexe du report de la forme du burda sur le tissu. Etape rendue plus compliquée encore par le réveil inopiné du Bébinou que la vision de sa mère à plat ventre par terre au milieu d'un océan de papier calque et de tissu, rend littéralement hystérique.

La ruse éculée des jouets attrapés d'une main dans le parc et lancés au loin les uns après les autres pour distraire le Bébinou me permet quand même de finaliser.

Après découpe, c'est enfin le moment de jouer avec ma machine.

Evidemment, les conseils avisés du Père Noël sur les aiguilles, mes doigts et la pédale me reviennent immédiatement à l'esprit tandis que le Bébinou tourne sans relâche autour de ma chaise pour essayer de voir ce que je peux bien fabriquer.

La raison finit par l'emporter sur la passion et je remets donc la réalisation de mon ouvrage à la prochaine sieste du bébinou.

Le lendemain, me revoilà donc de nouveau à ma table de travail et là, je ne vais pas vous mentir, j'en ai bavé...

Je m'en suis à peu près sortie jusqu'à l'étape du volant. 

Et oui parce que c'est une chemise de nuit à volant que j'ai choisi, bien sûr. Sinon ça aurait été trop simple et le Père Noël aurait risqué de ne pas être tout à fait aussi impressionné.

Et puis avec des instructions aussi simples que "Découpez deux rectangles de tissu pour faire le volant. Assemblez les envers contre envers. Passez un fil de fronce en haut. Assemblez le volant au bas de la chemise en faisant coïncider les coutures des côtés et en répartissant les fronces régulièrement entre ces repères. Faites un ourlet d'un cm en bas." ça ne pouvait pas être vraiment compliqué...

...à condition d'avoir déjà au moins dix ans d'expérience derrière soi.

Pour moi, bien sûr ça s'est avéré un peu plus complexe que ça en avait l'air...

Je n'entre pas dans le détail, mais j'ai d'abord cru qu'il y avait deux volants superposés avant de m'apercevoir, après les avoir assemblés entre eux et en partie à la chemise, que je n'avais pas assez de longueur de volants pour faire tout le tour du bas de la chemise.

Une étude plus minutieuse de l'illustration du livre m'a permis de comprendre qu'il n'y avait en réalité qu'un seul volant et j'ai pu alors découdre et me concentrer sur la façon d'obtenir des fronces régulières.

Si quelqu'un a la solution, je suis preneuse...

Au final:

Camille_en_chemise_de_nuit

ça valait le coup de s'embêter un peu...

Et vous savez le plus beau? Le Père Noël à qui je me suis empressée d'envoyer une photo, n'a pas été seulement soulagé cette fois-ci... il a été carrément impressionné...

Finalement, la couture, c'est pas si galvaudé que ça et les petits fils partout on finit par s'y faire...Il aurait peut-être dû se montrer plus persévérant, notre renard, avec ses raisins...